Le jeûne, un remède miracle ?

Prof. Andreas Michalsen, chef de service du département Médecines complémentaires à l’hôpital Immanuel (Berlin) et professeur à l’hôpital universitaire La Charité (également Berlin).

Le jeûne thérapeutique est-il une médecine alternative ?
« C’est une dénomination trop faible à mon sens, qui signifie que l’on considère cette forme de thérapie comme une alternative à la médecine moderne, ce qui est faux. Le jeûne thérapeutique est compris comme une thérapie complémentaire et non comme une médecine alternative ou naturelle. Un changement de paradigme s’est opéré ces dernières années et aujourd’hui, nous parlons de jeûne thérapeutique tout simplement, sans le catégoriser. En Allemagne, le jeûne thérapeutique est aussi reconnu d’un point de vue médical.
Depuis deux à trois ans, ce mode de prise en charge gagne en reconnaissance et est de plus en plus médiatisé dans les publications médicales et grand public. Les scientifiques aussi s’accordent à dire que le jeûne thérapeutique peut être bénéfique. Les meilleures preuves de l’efficacité du jeûne se fondent sur des études expérimentales mais aussi sur l’expérience de longues années de pratique et d’observation. Il y a bien entendu des voix qui s’élèvent contre, mais elles sont de plus en plus silencieuses depuis que des revues médicales américaines de grande renommée ont publié les résultats d’études qui étayent l’efficacité et les mécanismes du jeûne. Plus personne ne peut nier que le jeûne thérapeutique est efficace bien que la qualité et les formes des preuves scientifiques varient.
Ce qui manque par contre, ce sont les essais cliniques randomisées classiques, tels qu’on les pratique dans l’industrie pharmaceutique. Ces essais cliniques seront nécessaires pour obtenir une pleine reconnaissance des bienfaits du jeûne thérapeutique, notamment pour le diabète, l’hypertension ou le rhumatisme -où des études très probantes ont déjà été réalisées par ailleurs-, mais aussi pour le cancer et la chimiothérapie.
Mon institut mène actuellement quatre études cliniques : pour la sclérose en plaque, la chimiothérapie après le cancer du sein, l’hypertension et le rhumatisme.
Les publications scientifiques sont également essentielles pour le transfert d’information en direction des médecins de ville. »

Qu’est-ce que le jeûne thérapeutique ?
« Le principe de renonciation à la nourriture se retrouve dans de nombreuses formes de médecine traditionnelle et religions dans le monde : Ayurveda, tradition chinoise, Yom Kippour, Ramadan, Carême, etc. Le principe de manger modérément ou pas du tout pendant des jours n’est pas seulement un acte d’humilité ou une pratique spirituelle mais également un bienfait pour le corps, connaissance que l’on retrouve dans l’histoire de la médecine. Bien que le jeûne s’apparente à une pratique récente en médecine, il est en fait ancestral.
Le jeûne thérapeutique est flexible : un jour de jeûne a déjà des effets positifs. Les expériences faites sur les animaux montrent que toute forme de jeûne est bénéfique. Renoncer à un repas par jour, faire une pause de 16 heures entre deux repas activent les effets bénéfiques du jeûne. D’autres variations sont un à deux jours par semaine ou quatre jours par mois. Si l’on s’oriente vers une période de jeûne plus longue, il est nécessaire d’avoir un accompagnement médical pointu, même si peu d’effets secondaires sont à craindre. Le médecin doit être spécialement formé pour pouvoir accompagner le patient selon les situations, ajuster les dosages de médicaments, etc. Encore trop peu de médecins sont formés à l’accompagnement au jeûne.
Le jeûne thérapeutique est une thérapie complémentaire efficace pour combattre l’hypertension artérielle, le diabète, le rhumatisme et les douleurs chroniques au niveau de l’appareil locomoteur. De nouvelles données scientifiques concernant le jeûne thérapeutique sont également prometteuses quant à son efficacité pour le traitement de la sclérose en plaque et celui du cancer dans le cadre d’un traitement par chimiothérapie. »

Quelles évolutions médicales et médico-économiques pouvons – nous escompter ?
« En termes de coûts, le jeûne thérapeutique coûte moins cher que des traitements. J’ai parmi mes patients le cas intéressant d’une personne souffrant d’hypertension artérielle et de diabète et qui, avec deux jours de jeûne par semaine depuis un an a réduit sa masse corporelle de 15 kg, a vu son diabète disparaître et qui ne prend plus qu’un médicament pour l’hypertension au lieu de trois. Pour l’assurance maladie, c’est un gain, d’autant plus que ce patient s’est pris en charge tout seul et n’est venu consulter que peu de fois. Des études médico-économiques sont encore à mener. Des travaux de recherche à l’initiative des professeurs américains Valter Longo et Mark Mattson respectivement sur le traitement du cancer et sur la démence, maladie de Parkinson et la sclérose en plaque, montrent que l’incidence de ces maladies pourrait reculer significativement avec la pratique du jeûne. Le jeûne devient alors un levier intéressant, un vecteur de bonne santé dans le monde !
Nos étudiants en médecine à l’hôpital universitaire La Charité de Berlin peuvent choisir le jeûne comme module de formation. Les médecins de demain vont avoir à leur disposition une multitude de prises en charge possibles et pourront choisir celle la plus adaptée à telle ou telle pathologie.
À noter également les nombreux et riches échanges en termes de recherche au niveau international avec notamment les États-Unis, l’Italie, le Finlande et la Chine. »

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